الصفحة الرئيسية  ثقافة

ثقافة «Trois personnages en quête d'un théâtre» de Kalthoum Bornaz : Un film qui dit non à la mort du théâtre municipal de la ville de Tunis

نشر في  17 فيفري 2024  (14:53)

Durant les années 80, le théâtre municipal de la ville de Tunis donnant sur l’une des artères principales de la capitale a failli être acheté par des promoteurs pour être démoli puis transformé en siège de bureaux et autres commerces n’eut été une forte campagne de protestation et l’implication d’hommes et de femmes de culture qui ont manifesté pour protéger cet espace culturel historique d'une mort probable (le théâtre fut construit en 1902).

Le film de la réalisatrice Kalthoum Bornaz « Trois personnages en quête d'un théâtre » (1988), qui fut projeté le 14 février 2024 à la Cinémathèque Tunisienne, s’inscrit dans une mouvance qui a cherché à préserver et à démontrer l’importance de ce théâtre en tant qu’espace d’art et en tant que patrimoine architectural unique (style art nouveau).

Le film, tourné entièrement pendant une semaine à l’intérieur du théâtre, réinvestit un endroit chargé d’histoire pour faire revivre son passé. Hbiba Msika, Laure Daccache, Fadhila Khetmi, Saliha, Ali Ben Ayed, Sid Ali Riahi, Samia Jamel, Youssef Wahbi, la Traviata de Verdi pour ne citer que ces exemples sont tous montés sur la scène de la Bonbonnière, l’une des premières scènes artistiques du pays.

 

En s’appuyant sur des photos d’archives, en invitant des artistes (Anouar Brahem, Raouf Ben Amor, Amina Srarfi, Jean Claude Brialy, Moncef Mezghani, Lotfi Achour) à investir les planches ou les coulisses, la réalisatrice a tenté de densifier l’effervescence artistique qu’a connu le théâtre durant des décennies, densifier pour braver la mise à mort dont il fut l’objet et pour que les responsables ne cèdent pas à la volonté de ceux qui voulaient le rayer de l'existence car « détruire un théâtre, c’est tuer la vie », aphorisme qu'on peut écouter à deux ou trois reprises tout au long du film.

 

Suite à la projection du film dans la galerie Hamadi Essid, dont une partie a été extrêmement bien aménagée pour l’occasion (projection assurée par Moez Touati en 35 mm hors cabine), Mounir Baaziz, qui a été script et assistant sur le film, s’est exprimé pour dire qu’il se rappelait de plusieurs moments du tournage telle la reconstitution de la mort du chanteur Ali Riahi (qui succombe à une crise cardiaque sur les planches du théâtre le 27 mars 1970), la richesse de tout les artistes, l’équipe qui a travaillé dans une très belle atmosphère : « On travaillait jusqu’à l’aube et une fois 24/24 car il fallait terminer à temps, il y avait des contraintes de décor, il y avait une urgence à faire ce film, et c’était devenue une mission, il y avait un travail énorme qui a été fait avec Naima, avec Lotfi Achour, avec Raouf Ben Amor, les transformations, les passages de temps et d’époques. Il y avait un souci de qualité dans oublier l’apparition d’Anouar Brahem. Il y avait de la cohésion et de l’amour. On ne peut pas être artiste si on ne fonctionne pas comme ça. Il fallait le faire et ça a réussi. Ce genre de film devrait être enrichi par d’autres films. Ça montre que rien ne s’obtient, tout s’arrache. Il fallait faire la campagne pour sauver le théâtre et tous ceux qui ont passé sont venus et ont soutenu. On est fiers d’avoir participé à ce genre de mission. C’est le genre de cinéma qu’on défend » dit Baaziz.

Chiraz Ben M'rad